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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 11:11

 En Champagne Pouilleuse, la ligne de front n'avait pratiquement plus bougé depuis septembre 1915. Du 4 au 14octobre 1918, soit un mois avant l’armistice, de violents combats ont lieu pour faire sauter le «verrou» d’Orfeuil. Des combats forts différents de ceux d’Ethe et Virton en 1914, avec participation de chars d’assaut.
Pour son courage le 101° RI basé à Dreux fut cité pour la deuxième fois à l’ordre de l’armée le 29 novembre 1918. 
L'ancienne rue d'Orisson a pris le nom d'Orfeuil sur décision du conseil municipal le 29 Juin 1919. Une plaque apposée, rue d’Orfeuil sur le mur de l’ancienne Gendarmerie commémore l’événement. 

Orfeuil n'est pas une commune mais un hameau de la commune de Semide. Le village est bien dans les Ardennes mais la limite de la Marne se trouve à moins de 2 km. Orfeuil est localisé au sommet d'une crête que les Allemands avaient fortifiée et il a fallu aux Français plus d'une semaine pour la reprendre en octobre 1918. La zone était peu peuplée et les combats dans les bois au sud du village ont fait de nombreuses victimes dont les unités ont dû parfois, par commodité, localiser le décès sur ce qui constituait alors leur objectif : Orfeuil.

 L'historique du régiment paru en 1920 relate ainsi l'événement:

Le 3 octobre, au matin, l'ordre de départ pour le soir arrive. Embarquement du régiment en camions autos, direction Souain-Tahure. Les chasseurs ont fait du bon ouvrage de ce côté. Nous allons les relever et continuer leur belle besogne. Dans la nuit du 3 au 4, à peine arrivée à Souain, la 124e division reçoit la mission suivante :

 Se porter sur la piste 4, à hauteur du Bois du Bouc et du Bois de l'Araignée. La 124e D. I. dépassera la 13e D. I. et relèvera la 43e D. I. afin d'être en mesure de prendre à son compte l’attaque dès le 5 octobre au matin. » Le 101e relève le 158e R. I.

Le 4 octobre, au petit jour, le régiment s'engage enfin sur la piste 4, derrière le 124e et le 130e régiments d'infanterie. Une longue colonne de division serpente et gravit les mamelons successifs de la région de Tahure. Spectacle saisissant. Le terrain est terriblement retourné. Le paysage évoque les durs combats qui se sont livrés à différentes reprises pour la possession de ce coin de Champagne désolé. Nous passons à côté de la « Savate », repaire de mitrailleuses qui a été enlevé de haute lutte par le 1er bataillon de chasseurs à pied ; un drachen se balance, mollement, et semble se réveiller dans ce chaos ; déjà autour de lui, quelques hommes s'agitent et préparent son ascension. Une longue marche, assezpénible, conduit le régiment au Tunnel de Manre. Les bataillons s'arrêtent en colonne double, les uns derrière les autres. L'artillerie lourde française fait rage et appuie une attaque de la 43e division d'infanterie sur Orfeuil.
Le 5 octobre, la relève est terminée ; la prise de commandement a lieu à 4 heures. Le 101e est prêt àse mettre à l'ouvrage. C'est à lui que revient l'honneur d'enlever la crête d'Orfeuil que le 1er bataillon de chasseurs à pied, épuisé, n'a pu franchir. A 11 heures, le 5, le bataillon JANIN, soutenu par le bataillon TASSY, attaque la crête à l'est duvillage d'Orfeuil, où se trouve le «Signal Détruit », véritable fortin, garni de mitrailleuses, protégé en avant par un solide réseau de fils de fer. Malgré l'énergie et l'entrain déployés, l'attaquee réussit pas à enlever la position ; les premières lignes s'avancent sur un véritable glacis jusqu'aux réseaux ; quelques éléments atteignent la tranchée, mais ne peuvent s'y maintenir, sous les feux croisés de mitrailleuses installées aux bois L. 9 et L. 8 à l'est, aux environs d'Orfeuil, à l'ouest etdans le « Signal Détruit ». Par deux fois, les attaques sont renouvelées, avec le plus entierdévouement ; elles n'ont pas plus de succès, et le soir, le bataillon reprend ses lignes après avoir subide lourdes pertes. Le 1er bataillon qui a engagé une de ses compagnies pour renforcer le 3e bataillon affaibli est également éprouvé.
Plus de 120 hommes tués ou blessés, tel est le bilan de cette journée. Le. sous-lieutenant PAPIN a été tué au moment où il enlevait brillamment sa section. Les sous-lieutenants SIMPHAL, BOILLOUX, PINAULT et JEANSON sont blessés.
Le 6 octobre, les attaques ne sont pas renouvelées. Des reconnaissances mordantes exécutées, au cours de la journée du 6, permettent de situer exactement les centres de résistance et de nouveaux nids de mitrailleuses. Des tirs d'artillerie lourde sont exécutés dans l'après-midi sur Orfeuil et la route. Le 3e bataillon est relevé le 6 au soir, en première ligne, par le bataillon TASSY (1er) et passe en réserve.
Le 7 octobre est également une journée d'attente ; quelques nouvelles pertes.
Le 8 octobre, les attaques sont reprises dès le matin dans le but de briser la résistance ennemie. La 73e D. I. attaque à 5 heures 15 par surprise, avec artillerie d'assaut. La 124e D. I. attaque après une préparation d'artillerie de 1 heure 5, en liaison avec la 14e D. I., à 6 heures 15. Le bataillon LEBLANC est en soutien (2e).Comme l'avant-veille, et malgré une puissante préparation d'artillerie, nos vagues d'assaut viennent se briser sur les tranchées et les réseaux de fils de fer que flanquent des mitrailleuses. Une seconde attaque, à 16 heures 30, sur le « Signal Détruit » n'atteint pas. l'objectif ; le soir, il faut reprendre nos positions de départ. Nos pertes dans cette journée ont été assez importantes, le courage déployé, au-dessus de tout éloge. Chacun a fait preuve d'abnégation et d'un courage héroïque. Ces deux attaques ont coûté 21 tués et 90 blessés au régiment. Le sous-lieutenant MALFILATRE a été tué devant les fils de fer ennemis.Les sous-lieutenants LE FILLEUL des GUERROTS et COLIN sont blessés devant la tranchée allemande.
Le 9 octobre, au soir, le bataillon TASSY, exténué, est relevé en première ligne par le bataillon LEBLANC et passe en réserve. Les bataillons sont soumis à un bombardement violent par obus toxiques et ypérite. La nuit, des patrouilles hardies sont lancées pour ne pas laisser échapper les indices de repli de l'ennemi, sans cesse harcelé.
Le 10 au matin, ce repli commença devant la division de droite. Immédiatement, deux bataillons en liaison avec le 1er régiment de zouaves et le 124e régiment d'infanterie se portent en avant ; la crête d'Orfeuil est dépassée malgré un bombardement violent de gros calibres, à 9 heures 40. Franchissant les crêtes boisées qui se développent au nord du camp Pianina, le bataillon LEBLANC progresse sur le versant est du ravin tortueux qui conduit à Semide. Une mitrailleuse est enlevée par la 6e compagnie. Le poste de commandement du colonel est transporté au camp Pianina. Vers 11 heures, le bataillon de tête arrive sur une petite crête à environ 900 mètres du camp Pianina. Il tombe sous de violents feux de mitrailleuses. L'artillerie essaie de réduire cette résistance, mais les mitrailleuses ennemies, dissimulées dans les boqueteaux grisailles du versant opposé, échappent à ce tir continuent à créer des pertes, à chaque fois qu'un de nos éléments progresse. Des patrouilles entières sont clouées sur place. Le lieutenant CHARD est tué d'une balle à la tête. Le caporal brancardier VANNIER reçoit une balle dans le ventre, en allant chercher un blessé à découvert. La fin de ce brave entre tous a été digne de son passé glorieux. Une des plus belles figures du régiment disparaît avec le caporal VANNIER, mais son souvenir reste impérissable.
Toutes tentatives échouant, il faut se résoudre, la nuit venue, à se maintenir sur la position atteinte. La journée a été dure, mais le décollement est commencé ; les hommes oublient toutes leurs fatigues et font preuve d'un entrain merveilleux. La marche en avant les a grisés ; l'attitude des blessés est magnifique.
La soirée est marquée par un violent tir de 88 sur les lignes avancées. Toute la nuit, des rafales de mitrailleuses balaient le terrain. Néanmoins, nos patrouilles gardent le contact, et le 11 octobre, au petit jour, mettent en fuite les mitrailleurs ennemis qui laissent du matériel sur place.Dès lors, la progression va continuer toute la journée à une allure rapide. A 7 heures 55, la ligne de chemin de fer à 6 kilomètre sud de Semide est atteinte par le bataillon LEBLANC qui, malgré les pertes et les fatigues de la veille, a conservé toute sa vigueur et son allant. Le bataillon JANIN (3e) suit à 500 m environ.A 9 heures, nos éléments de tête fouillent les lisières est de Semide qui est dépassé à 10 heures.. A 10 heures 30, le chemin creux est-ouest partant du sud de Semide vers la Croix-Adnet, est occupé. Une résistance locale de mitrailleuses a été forcée. Les mitrailleuses sont prises. L'artillerie allemande commence à réagir sérieusement dans Semide et aux abords. Le poste de commandement du colonel s'installe sur le plateau à l’est de Semide, à 600 mètres du village. A 12 heures, le bataillon LEBLANC a franchi le ruisseau des Dames, mais est arrêté sur la crête au nord de ce ruisseau par de violents feux de mitrailleuses. Les deux autres bataillons sont échelonnés en arrière. Le premier objectif de la journée est atteint et même dépassé. A 14 heures, le bataillon de tête laisse passer devant lui le bataillon JANIN (3e). Le bataillon TASSY (1er) devient bataillon de soutien et le bataillon LEBLANC, exténué par trois jours de combats, est désormais en réserve.


Nuit relativement calme, employée à talonner l'ennemi qui bat en retraite le 12 au petit jour. Laprogression doit reprendre à 6 heures 30, mais nos éléments.de tête, impatients de marcher del'avant, ont déjà, à 6 heures 40, dépassé la crête à hauteur de Constantine. Il faut faire stopper les compagnies de tête pour rester en liaison avec les régiments voisins.
Le mouvement reprend bientôt à une allure vertigineuse ; bois et villages sont fouillés, contournés et dépassés. Tourcelles-Chaumont, Quilly, Chardeny, Chufilly-Roche sont libérés. Quelques civils laissés dans ces villages sont délivrés du joug allemand.
A 11 heures 30, les têtes de colonnes sont au nord de Coegny et marchent sur My qu'elles atteignent à 13 heures 30. A 14 heures 5, le bataillon JANIN reçoit l'ordre d'aborder Roche, où sont signalées des mitrailleuses allemandes. Roche est nettoyé à 16 heures. Mais, en débouchant des lisières nord, le bataillon est accueilli par des feux rasants de mitrailleuses qui sont établis. sur la crête, abritées dans la tranchée du Forest, et protégées par deux épais réseaux de fils de fer. Les patrouilles essaient de progresser, mais le Boche est là, en force, dans une tanière, éléments d'arrière-garde cramponnés au terrain, dans une boucle de l'Aisne.
Le régiment est harassé, mais la journée fut belle ; chacun a la joie au coeur ; les rives de l'Aisne sont atteintes. La nuit trouve les trois bataillons du régiment échelonnés à 600 mètres les uns des autres. Le bataillon JANIN prend des formations d'avant-postes dont la ligne de surveillance est aux lisières nord de Roche.
Pendant ces dures journées, le régiment a fait preuve de belles qualités d'entrain et d'endurance. Les lourdes pertes subies pendant les premiers jours (les cadres ont été particulièrement éprouvés) n'ont pas ralenti la marche en avant.
Les exemples de courage individuel et collectif sont fort nombreux.Chacun a fait son devoir.

Le général NAULIN, commandant le 21e C. A. à qui la 124e D. I. était prêtée pour la circonstance, envoie en fin de combat l'ordre général suivant :

« Jetée brusquement dans la bataille, avec mission d'enlever une position fortement organisée,« contre laquelle plusieurs attaques précédentes avaient échoué, la 124e D. I. a vaillamment « accompli sa tâche et atteint l'Aisne, le 13 octobre 1918, en refoulant l'ennemi sur une « profondeur de près de 20 kilomètres.« Au cours de cette dure bataille de huit jours, les régiments de la division, comprenant « l'importance de la lutte engagée, et fiers de leur glorieux passé, ont, dans des circonstances souvent pénibles, fait preuve d'une énergie et d'une ténacité au-dessus de tout éloge. Ils en ont « été récompensées par une victoire complète qui a entraîné la libération d'une notable partie du « territoire. « Les régiments de la 124e D. I. laisseront au 21e corps d'armée, le souvenir de vaillantes unités, « aussi ardentes dans l'attaque que solides dans la défense. Le général commandant le corps « d'armée est heureux de leur exprimer toute sa reconnaissance ainsi que sa légitime fierté de les« avoir eues sous ses ordres.

Centenaire 14/18 -Le 101° régiment dans la bataille d'Orfeuil. 03 au 14 Octobre 1918.

A SUIVRE, JUSQU'AU 11 NOVEMBRE 1918-2018..

 

Si vous voulez visionner l'ensemble des notes consacrées à la guerre 14/18 cliquez sur "Centenaire 14/18" au bas de cet article.

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