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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 07:00

AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

Pour vous permettre de lire ou relire  le feuilleton depuis le début :
cliquez sur :
 http://dreux-par-pierlouim.over-blog.com/categorie-10834511.html

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On a bien tort de se mettre à écrire ses mémoires quand on commence à perdre la sienne". (Général Albert de Vaulgrenant) 


1 9 5 9- La pension (seconde partie.)

-Dans la cour, en « civil », n’ayant pas encore revêtu la blouse grise, uniforme des internes, nous sommes plusieurs nouveaux, désemparés, sans voix, ne sachant que faire. Des anciens qui courent, chahutent, se moquent de nous. On voit qu’ils ont l’habitude et qu’ils sont un peu chez eux.


jules surgé dessin sifflet-Le rassemblement à coup de sifflet devant le perron du haut duquel le surveillant général, le « surgé » comme disent les anciens  nous présente « les règles du jeu »  C’est  un  petit homme brun, à la peau burinée, en costume noir, cravate rouge, à l’air sévère dominé par des lunettes d’écailles cachant à peine des sourcils touffus. En parlant il laisse poindre de longues canines.
Son discours, émis d’une voix éraillée et forte, parle d’interdictions, de règlements, d’horaires à respecter, de punitions, de jours de colle  si…


Je ne retiens que peu de choses de ce charabia….

-Dans le réfectoire qui me semble immense, l’appétit est faible. Les anciens ne se gène pas pour dévorer les parts que les nouveaux laissent dans le plat.


Dans le dortoir : « Berthelot » tel est son nom ; s’empilent soixante dix jeunes internes. S’empilent est le terme exact. Certains lits en fer au sommier grillagé sont superposés à deux voire trois étages. Papa m’a conseillé de choisir plutôt le lit du haut. C’est bien, on n’est pas étouffé, mais, là-haut, il faut y monter. Pas d’échelle, mais une sorte de marchepied étroit qui coupe le pied. Et puis dés que le locataire du rez-de-chaussée au bas de cette sorte d’échafaudage branlant, bouge, celui de l’étage  tangue de la même manière.

Une petite table de nuit à partager à deux, voire trois pensionnaires pour y mettre la trousse de toilette, les lunettes, etc. La serviette de toilette est étendue sur la barre au pied du lit. Les valises contenant les linges de rechange et les trucs personnels sont  rangées sur des étagères fatiguées dans une petite  pièce appelée pompeusement vestiaire. Chacun peut cadenasser sa valise (c’est conseillé) et trouver une place pas trop haute ni trop loin. Il n’est  pas facile de retrouver sa valise parmi les soixante dix autres, car certains malveillants n’hésitent pas à changer de places les valoches qui les importunent.


En pyjama nous nous retrouvons dans les lavabos collectifs. L’eau chaude y coule de façon approximative. D’ailleurs beaucoup d’internes n’y mettent que rarement les pieds, dans l’eau, j’entends  (et je ne parle pas du reste)…Tout cela se fait dans un roulement de bruits : l’eau qui coule en rasade, des galopades, du chahut, le cris des pions :

-« Tout le monde au lit, plus personne aux lavabos ni au vestiaire. Extinction des feux. » -

-Plus de lumière…Mais du haut du lit superposé je perçois quand même diffuses au travers les fenêtres sans rideaux des lumières : celle très faible des lampes de la cour, celle des appartements de fonction  donnant de l’autre côté de cette même cour…et puis, en raie sous la porte fermée, celle de la chambre du pion censé nous surveiller.

Un silence très animé : les lits qui grincent, des chuchotements, des bruits incongrus, déjà des ronflements. Des odeurs de toilettes négligées commencent à se répandre. J’allais m’endormir quand une lumière plus intense que les autre tournoie en rayon trouant la pénombre de cet immense dortoir. C’est la lampe de poche du surveillant général qui fait sa tournée incognito des dortoirs. Il y cinq chambrées, mais celle de  « Berthelot » est la plus grande et le plus remplie.

La lampe disparaît, un calme relatif s’installe, je tombe dans un sommeil agité.

 

Quel changement de rythme pour moi, c’est un choc des cultures  très dur.

Ce n’est plus une vie douillette auprès de mes parents, auprès de mes camarades de toujours, de mon cher instituteur Monsieur Aubreton, de ma campagne drouaise…

Mais une vie qui ne m’appartient guère, une vie impersonnelle, encadrée, surveillée par des adultes indifférents à ma petite personne. Une vie subie, entourée, bousculée par des enfants comme moi mais qui me semblent plus durs, plus délurés que mes camarades d’avant. Tout me semble hostile, je tangue de classe en classe, de professeur en professeur, de trucs nouveaux en trucs nouveaux, Allemand, physique dactylographie, étude, réfectoire, dortoir, pions etc. etc.  etc.

Je suis tellement désorienté que j’oublie dans une classe mon beau stylo watterman  sur une table. Un beau stylographe offert par ma maman. Un stylo qui se rempli avec un piston dans une bouteille d’encre. Il n’y a plus d’encrier dans les pupitres comme à Ferdinand Buisson. Le même jour, mon sac à dos contenant mon bel ensemble bleu pour faire de la gymnastique s’est envolé, pas tout seul, bien sûr. Je l’avais déposé dans un casier dans la cour sans cadenas.

Prenant mon courage à deux mains, tremblant je suis allé déclarer les deux disparitions au surveillant général qui a pris note. Je n’ais jamais retrouvé ni mon stylo ni mes affaires de gym. .

Maman fâchée, pas contre moi, mais contre, comme elle dit, ces « voyous » me rachète les deux articles volés mais de moins bonne qualité.

Pour couronner le tout, lors de mon premier voyage de retour vers Dreux, soit le premier samedi à midi après le dimanche de la rentrée, j’oublie mon portefeuille dans le train avec tous mes papiers. Heureusement le train était terminus à Dreux et papa a pu tout récupérer. Ces trois malheureuses expériences vont me vacciner : Je ne perdrai  plus jamais d’affaires, je ne serai plus jamais volé dans toute ma période lycéenne.



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A SUIVRE : Jeudi prochain : 1959 (seconde partie).
  

 
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commentaires

Alain Marie 25/03/2010 17:43


Il est vrai qu'à cette époque, l'apprentissage de la vie été très contraignant, en tous cas beaucoup plus qu'aujourd'hui... Mais en étant élevé à la dure, pour ma part, le monde du travail m'est
apparu moins compliqué. Mais que ces moments de solitude en internat ont dû être difficiles à supporter... Ça ne s'oublie pas...


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