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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 07:00

AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

Pour vous permettre de lire ou relire  le feuilleton depuis le début :
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http://dreux-par-pierlouim.over-blog.com/categorie-10834511.html
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 1 9 5 6-(Deuxième partie)

 

  

A la gym on fait une petite fête pour mardi-gras.
 Il faut venir déguisé.
C’est la mode des films de cape et d’épée et j’aime ça.

Alors je me suis déguisé en Vicomte de Bragelonne.

Vous ne connaissez pas ?

(Voir l’œuvre d’Alexandre Dumas, que je dévore actuellement avec les livres de la bibliothèque verte prêtés par l’école : Les trois mousquetaires, vingt ans après).

Raoul de Bragelonne est le fils d’Athos.

Je viens de voir au cinéma Eden un film « le Vicomte de Bragelonne »avec Georges Marchal et ça m’a bien plu.

Maman m’a bricolé un costume de mousquetaire : un vieux chapeau avec quelques plumes en provenance directe de notre poulailler, un  gilet un peu troué avec des morceaux de rideaux en guise de dentelle autour du col,  Un gros ceinturon en  diagonale sur la poitrine qui me permet d’y attacher une épée en bois fabrication papa. Maman brûle un bouchon en liège et me barbouille une moustache sous le nez. Je ressemble vraiment à un mousquetaire du roy.

C’est ainsi déguisé que je descends sur mon vélo en ville, rue Batardon où se trouve la "gym" (l'Espérance drouaise).


Zut, le passage à niveau de St Denis est fer et je suis en retard.
Le garde barrière m’interdit le passage par les voies, je vais être obligé de monter avec mon vélo sur le dos sur la passerelle piétions qui enjambe les voies.

Le garde barrière est un gros monsieur à qui il manque un bras. Nous nous connaissons bien, mais le règlement, c’est le règlement, je dois attendre devant les barrières fermées ou emprunter la passerelle.


Souvenez-vous 
: Quand Maman et ma grand-mère, suite au bombardement de leur maison s’étaient réfugiées chez la tante Marie à Abondant, il y avait cachés dans la grange deux « malgré nous » alsaciens. Et bien, c’est l’un d’entre eux le garde barrière.
Quand les américains sont arrivés en libérant la région drouaise, il s’est joint à eux. Son camarade a fait de même. Incorporé volontaire dans la deuxième D.B. du général  Leclerc, il s’est battu pour libérer des nazis, son pays natal, l’Alsace. C’est là devant Colmar, qu’il a été blessé et perdu son bras droit. Mais son camarade a eu moins de chance il a été tué non loin du nid d’aigle d’Hitler.

Après la fin de guerre, n’ayant plus de famille en Alsace, il est revenu à Dreux. Il a trouvé ce boulot de garde barrière. C’est avec son bras restant, le gauche, qu’il tourne la grande manivelle qui fait descendre ou monter les barrières.

La passerelle St Denis juste avant sa destruction en 1975.

On voit aussi le passage à niveau et la circulation souvent  dense, ce qui occasionne souvent de longues filesd'attente quand les barrières se ferment.

 
Je grimpe donc, mon vélo sur le dos les marches de la passerelle. Et là au dessus des voies je me laisse envelopper par la fumée de la locomotive à vapeur qui passe sous moi.
C’est un des mes plaisirs préférés, secret et furtif : être isolé du monde alentour, ne plus rien voir un instant dans ce nuage chaud et blanc qui  dégage une odeur âcre de charbon, avec en plus le bruit assourdissants du train qui passe en dessous en faisant vibrer  la passerelle, pourtant en ciment,   et en plus, quelques escarbilles dans l’œil. Quelle sensation.

Je ne suis pas le seul
à avoir ce plaisir, beaucoup de gamins (et gamines) des Rochelles en garderons un souvenir attendri dans leur âge d'adulte.
La passerelle avait été construite en 1929. Maman se souvient bien de son inauguration. Sa copine d'enfance, sous le nom de  Dame MAURY y chantait.

En 1975, cette passerelle sera détruite. Le passage à niveau, cause de nombreux embouteillages sera remplacé par un tunnel reliant la rue St Denis à ce qui sera alors l'avenue J.F. KENNEDY.
 Il faut dire aussi que les locomotives à vapeur vont disparaître défitivement du paysage drouais avant la fin des années soixante (les "sixties" comme on dira plus tard). 
 

Encore environné de fumée, je descends de l’autre côté de la passerelle toujours avec le vélo sur le dos. Je me dépêche, je vais être en retard. La petite fête entre garçons de la gym est joyeuse, mon déguisement a du succés mais je suis un peu vexé car aucun de mes camarades n’a jamais entendu parlé du Vicomte de Bragelonne, les ignares…

 

 A SUIVRE : Jeudi prochain : 1956 (troisième partie) .  

 
Je vous rappelle que vous pouvez réagir à cette note en déposant un commentaire en cliquant sur "Déposer un commentaire" ou par mail Pierlouim@cegetel.net 
 

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 07:00

AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
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Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

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 1 9 5 6-(Première partie)

 

 Une année cruciale pour moi mais aussi pour papa.

 

Papa à plusieurs reprises a entendu son contremaître (celui qui a une femme bistrote chez qui papa ne va jamais dépenser sa paye) dire insidieusement au grand patron de la menuiserie :

« Il commence à se faire vieux, à 49 ans il n’assure plus  le rendement d’avant. »

Papa qui lui ne se trouve pas trop vieux pour travailler, décide donc de changer de patron, une idée qui lui trottait dans la tête depuis longtemps.

Par des copains, il a appris que la ville de Dreux cherche un menuisier. Appuyé par le Président des prisonniers de guerre, Edmond Thorailler (qui fut aussi maire de Nogent le roi et député RPR de Dreux de 1962 à 1967)  papa s’est présenté aux services municipaux de la mairie.

Le maire de Dreux est encore Maurice Viollette, le radical socialiste, il a 86 ans, il vient de fêter ses cinquante années de magistrature de la ville.

C’est un de ses adjoints qui embauche  Papa.

Papa est content, il est maintenant employé municipal c'est-à-dire fonctionnaire.

Il ne sera plus à la merci d’un contremaître irascible.

Il connaît la plupart de ses futurs compagnons, et surtout son responsable direct, Monsieur Girard, qu’il a connu lors de son apprentissage. Papa l’aime bien et l’appelle le «grand». Il faut dire qu’il est grand pour l’époque, un grand échalas, maigre, à fines moustaches. Il porte un chapeau marron cabossé à larges bords et une espèce de gabardine éculée qu’il porte même quand il faut beau.

Papa sera le quatrième menuisier des services municipaux. Il retrouve aussi quelqu’un que je connais bien : « piedalu », le plombier unijambiste gymnaste de l’espérance drouaise qui, lui aussi, travaille «à la ville».

 

Le travail de papa n’est plus le même qu’à la menuiserie :

Il ne consiste plus à fabriquer à la chaîne  portes et fenêtres, mais surtout à  installer et réparer tout ce que est menuiserie dans les bâtiments de la ville : mairie, écoles, stade, musée, bibliothèque, abattoirs, douches municipales, etc. Il y a même encore pour quelques années une «Boucherie municipale» dont la boutique se trouve derrière l’église.

Papa est donc sans cesse en déplacement. Quand le chantier est important et nécessite plusieurs personnes il utilise la camionnette de service de la ville. Mais comme il ne sait pas conduire, c’est le plus souvent avec son vieux et lourd vélo, la caisse à outils sur le porte bagages qu’il se rend seul là où il est demandé.

Je le vois quelque fois à l’école, dans ma classe, venir réparer une porte qui grince, changer une serrure, refaire un placard etc. il me fait s’il le peut un petit coucou


Ce dont il est le plus fier
c’est d’avoir restauré les meubles anciens et installé la plupart des vitrines du musée, « C’est mon vrai métier, l’ébénisterie» rappelle til.

Ce musée municipal s’installe petit à petit sous la Direction de monsieur Dessal. Le musée prendra d’ailleurs le nom de ce monsieur dans l’avenir.

Le musée prend place dans la chapelle de ce qui était avant la loi de 1905, un pensionnat tenu par des frères maristes. Dans ces bâtiment se trouve maintenant l’école des filles du centre de Dreux: l’école St martin par opposition à l’école Godeau, celle des garçons. Papa est content et fier de retourner à l’école Godeau, son école dans les années 1913/1917 pour en assurer l’entretien en menuiserie.

 

Un jour, alors qu’il travaillait à l’école st Martin, l’ancien pensionnat des frères, le «Grand» Mr Girard, son chef, l’air  mystérieux, le sourire en coin, l’entraîne dans les sous-sols.

«Venez je vais vous montrer quelque choses de curieux, un secret, je l’ai découvert il y a peu »

Dans un détour de la cave il montre une petite porte dérobée…

«Voyez, derrière cette porte il y a  le départ d’un sous terrain qui menait directement à l’ancien couvent des soeurs visitandines à deux cent mètres environ. Le tunnel est en partie remblayé maintenant. Hé oui, les frères allaient rendre visite incognito aux sœurs et vice-versa.»

Il se met à rire, Papa était un peu gêné.

 

Papa quand il était apprenti dans les années vingt avait deux maîtres d’apprentissage : Mr Bourges et Mr Lainé.

Mr Bourges vient de mourir, il a légué ses outils à Mr lainé et à Papa. Papa hérite de quelques outils mais surtout de trois établis. Un grand, un moyen et un petit. Papa est ému de recevoir ce gage d’estime venu d’outre tombe. Il installe le grand et le petit établis dans son atelier. Cela va remplacer ceux qu’il avait avant guerre, sérieusement endommagés par le bombardement et rafistolés de fortune. Le troisième établi est remisé dans la cave.

En 2009 j'aurai toujours le plus petit de ces établis. Spécialisé pour l'ébénisterie et la marquetterie. Son utilisation sera alors  détournée.


Papa va donc pouvoir travailler dans de meilleures conditions pour lui, pour mettre un peu de beurre dans les épinards, comme il dit. C'est-à-dire  en dehors de son  travail à la ville qui lui convient très bien mais n’est pas très bien payé, surtout pendant cette période d’un an avant d’être titularisé.

Monsieur Lainé, ancien de 14/18 qui a déjà plus de 65 ans, ne peut plus réellement travailler. Il tient un petit magasin d’antiquité rue d’Orfeuil à Dreux. Il confie à Papa la réparation des meubles et des objets en bois qu’il destine à la vente. Papa est ravi de travailler pour son ancien maître d’apprentissage. Il lui voue un grand respect presque une dévotion. Il le vouvoie, et Mr Lainé le tutoie. Trente ans après c’est encore le maître et l’apprenti.


A SUIVRE : Jeudi prochain : 1956 (deuxième partie) .
  

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 07:00

AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

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 1 9 5 5-(Troisième partie)

 

 

Malgré les jeudi passés à la maison et le patronage laïque, maman ne sait pas toujours que faire de moi les jours sans école.  

Alors elle m’emmène à son travail, à la quincaillerie GOVIN, rue Porte Chartraine, où elle est comptable facturière, dactylo enfin un peu tout sauf la vente et la caisse. Sa patronne accepte ma présence à condition que je n’empêche pas maman de travailler.

Les bureaux se trouvent derrière la boutique, les fenêtres donnent directement sur la rivière, la Blaise.

Je m’installe sur une petite table en face de maman qui écrit, tape à la machine. Elle  tourne la manivelle d’une machine à calculer, dans un bruit de moulin à café. Elle compte, recompte…

Moi, je lis, je dessine, fais mes devoirs, rêvasse en observant par la fenêtre la rivière et les gens qui passent sur le pont de la porte chartraine. Il m’arrive d’aider maman pour de petits travaux de classement ou de mise sous enveloppes de courrier.  Je descends aussi au lavoir qui donne directement sur la rivière, profonde à cet endroit d’à peine un mètre. Je regarde l’eau couler. Il m’arrive d’y pêcher de petits poissons, des vairons que je garde dans un grand bocal à la maison, certains y survivent plusieurs mois. De temps en temps maman me laisse sortir dans la grande rue pour me promener les jours de marché. Je reviens la chercher dans son bureau pour remonter à la maison, elle sur sa grande bicyclette de dame et moi sur mon petit vélo rouge.

  Maman voudrait bien m’envoyer faire un séjour en colonie de vacances. Cela me changerait les idées au lieu de rester seul à la maison pendant que mes parents travaillent (ils n’ont que quinze jours de vacances).

Le cercle laïque possède deux colonies de vacances. Une, à la mer, St-Brévin les pins et l’autre à la montagne, Habère Poche prés de Thonon les bains. Laquelle choisir ?

Mais le docteur POTEAU, drôle de nom n’est ce pas pour un médecin scolaire ? a tranché. Il me trouve un peu trop nerveux pour subir le vent iodé et le va et viens des vagues. Il préconise de m’envoyer à l’air pur et frais de la montagne. Cela fera du bien à mes bronches, un peu faiblardes….

Moi j’y tiens pas trop à la montagne, je préférais la mer.

Maman qui a peu voyagé et ne connaît pas les montagnes me dit : -« tu verras au retour tu me diras combien c’est beau »

-Vexé je lui réponds que je lui dirais au retour que c’est moche les montagnes

 

HABERE POCHE.

L’arrivée en car depuis Dreux, dans la vallée verte, les montagnes se dessinant, à peine visibles, ombres furtives, dans la pénombre du soir couchant, cette impression de découverte et de présence étrange restera un des meilleurs souvenirs de mon enfance. Le lendemain matin je suis un des premier levé pour découvrir la montagne en plein jour…..

Un vieux chalet acheté depuis peu et transformé sommairement pour recevoir soixante gamins dont une partie dors sous une immense tente. Il y aencore de la paille et des outils agricoles dans le grenier…
 

Il y a trois séjours de trois semaines pendant l’été, du 14 juillet au 15 septembre. Le séjour de septembre est consacré aux grandes filles (entre 12 et 14 ans). Nous ne sommes que onze petits garçons (9/10 ans) avec elles. Il faut bien avouer que nous n’avons pas de scrupules à nous faire  dorloter par la  cinquantaine de demoiselles qui nous entourent. Notamment lors des marches un peu longues, pendant lesquelles, certaines « grandes » portent nos sacs à dos…

Je découvre les jeux de pistes, les barrages faits avec des cailloux dans les petits torrents, les excursions en car, la traversée du lac Léman en bateau, bref comme on dira plus tard je « m’éclate »….

 

Pierlouim le bigleux à lunettes, sage tapi dans l'herbe, ou dépenaillé la casquette de travers.
Une vieille dame toujours habillée en noir, qui habite du coté de Chartres  et qui est venue avec nous en car,  nous fait la cuisine. Elle remplit de lait des petits pots en verre placés en bain marie dans une immense lessiveuse, qu’elle met à chauffer sur la cuisinière fonctionnant au bois. C’est la première fois que je mange des yaourts. C’est drôlement bon. C’est le début d’une grande passion avec celle des fromages de Savoie, la tomme et le reblochon. Et aussi celle des myrtilles que nous cueillions dans les bois..

Je reviendrai absolument ravi de mon premier séjour en colonie et pressé d’y retourner l’année prochaine, alors qu’au départ je ne voulais pas y aller.

 

 

A la rentrée scolaire, je change de maître d’école, les choses commencent à devenir sérieuses. C’est le CM1. A la fin de l’année scolaire, je resterai peut être dans la section qui prépare l’examen d’entrée au collège Rotrou (sept ou huit élèves seulement) sinon je continuerai vers le certif et l’apprentissage à 14 ans  comme les vingt autres élèves. Moi qui voudrai être instituteur. 

 

Mais pour l’instant la vie continue. Ca barde  de plus en plus en Algérie, le contingent est rappelé.  Un nouveau terme naît après la conférence de Bandung : le « tiers monde ».

Des trucs nouveaux en Amérique, l’invention du micro-onde, le premier restaurant Mac Donald, l’ouverture de Disneyland en Californie. Présentation de la DS, une voiture révolutionnaire par Citroën. Louison Bobet remporte pour la troisième fois consécutive le tour de France. Vas y Bobet !!! 

Une chanson que j’entends à la T.S.F. me donne le frisson, l’introduction au violon.urtout.  Il s’agit de l’âme des poètes de Charles Trenet. (en fait chanson de 1951).

 

 

Je termine l’année chez les cousins de Paris près des Buttes- Chaumont. Ils habitent un petit pavillon au fond d’un jardin. Un petit havre de paix aux pieds d’immeubles 1900.

Cela va être  pour moi pendant près de vingt ans la tradition. A Paris pour les fêtes et une partie de mes vacances scolaires.

A SUIVRE : Jeudi prochain : 1956.

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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 07:00

AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
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 1 9 5 5-(deuxième partie)

 

 

Cependant, la vie continue assez joyeuse et fructueuse pour moi :

 

Avec l’Espérance Drouaise je participe à la fête de la jeunesse à Anet. Des mouvements d’ensemble à plusieurs centaines de gamins.


 
Dans notre quartier s’est constituée une commune libre, un peu à l’instar de celle de Montmartre.
 
« La commune libre des Rochelles ».
C’est tout à fait folklorique, uniquement pour faire la fête. Il y a un maire d’opérette, c’est le grand-père d’un de mes copains. Il est retraité des chemins de fer, gros, moustachu et rigolo. Lors des fêtes et des défilés, il parade avec une écharpe  bleu blanc rouge  de fantaisie, accompagné d’un garde champêtre et d’autres personnages bonhommes.
Il y a aussi une fanfare improvisée. Pendant les fêtes, place de Verdun, l’espérance Drouaises souvent se produit. J’en fais partie, on fait des mouvements d’ensemble, des pyramides humaines. Les grands font des exhibitions de barres parallèles, de cheval d’arçon,  etc.

Il y a aussi des stands tenus en partie par les instituteurs de Ferdinand Buisson, MM CARON, SAVIN, CHAUVET, etc..... Des loteries, des chamboules tout, des buvettes. L’argent récolté tombe dans les caisses de la coopérative scolaire pour nous permettre à nous écoliers  de faire de beaux voyages en fin d’année.


J'ignore la date exacte de cette photo vue chez mon camarade G.C. Je ne connais pas non plus le nom de cette jeune reine des Rochelles Par contre je reconnais bien le Maire ,M.PALICOT avec en ceinture son écharpes "les rochelles". Si vous avez des commentaires à faire sur cette photo, n'hésitez pas à me les comuniquer.

 

 

C’est un peu grâce à ces fêtes du quartier des Rochelles que je vois pour la première fois la mer. Tous les ans avec mes camarades d’école grâce à la coopérative scolaire  je fais un voyage en car : Rouen et le château de Robert Le diable, Paris et le zoo de Vincennes, les châteaux de la Loire et cette année Houlgate et la mer. C’est beau la mer, mais il faisait un peu froid pour se baigner. J’ai ramassé sur la plage des coques que maman me fera cuire le lendemain. Les coques resteront mes fruits de mer préférés même s’il n’est pas toujours facile d’en trouver à l’étal des poissonniers.

 

 

Pour leur fête nationale du 4 juillet, les militaires américains de la base aérienne de Dreux-Crucey ont convié un certain nombre de petits écoliers et écolières français à passer une après-midi avec eux. J’ai été choisi je ne sais comment. Nous  sommes une dizaine de garçons et filles de Ferdinand Buisson dans le car qui nous emmène à la base aérienne à quinze kilomètres de Dreux. Nous voyons de près ces forteresses volantes qui survolent la région drouaise. Finalement ce n’est pas si grand que cela. On va même à l’intérieur. On en voit décoller et atterrir.

Les aviateurs américains défilent en musique, c’est la fête !

On nous distribue un certain nombre de trucs à manger inconnus pour nous.  C’est la première fois que j’avale une saucisse dans un pain tendre et presque sucré. Il parait que cela s’appelle «hot dog». Un camarade déjà féru d’américanisme nous dit que cela signifie «Chien chaud». Notre instituteur nous rassure, il s’agit bien de cochon qu’il y a à l’intérieur. Moi j’apprécie ce sandwich particulier, mais certains n’aiment pas du tout, surtout les filles. Beaucoup de pains et de saucisses sont jetés sur un petit talus herbu. On nous donne aussi de drôle de petites bouteilles avec un l’intérieur une boisson sucrée à goût de caramel pleine de gaz. Berk que c’est pas bon, on appelle ça du « coca cola », je crois. Cela me fait roter.

Des bouteilles souvent pleines sont ainsi jetées par dégoût sur le talus. Mais les instituteurs qui nous encadrent se mettent en colère et nous obligent à ramasser ces restes de nourriture  et à les mettre dans de grands sacs en papier.
Les Américains sont ébahis et un peu vexés :
-Ah ces Frenchies !!.


A SUIVRE : Jeudi prochain : 1955 (troisième partie). 

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 07:00

AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

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 1 9 5 5-(première partie)

 

 

-9ans, une année de transition : Une année de dépaysement, une année de prise de conscience….  

Mois de mai. C’est le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration.

Une exposition se tient à cette occasion  dans la chapelle de l’ancien Hôtel Dieu. Je la visite avec un petit groupe de camarades. Mme Martin nous sert de guide, son fils de mon âge est avec elle.  C’est une institutrice, amie de maman. Une petite bonne femme,  le cheveu rare, le teint fatigué, vieillie avant l’âge, malgré sa petite quarantaine. On sent qu’elle a souffert, mais cependant elle est d’un aspect souriant, dynamique, son regard pétillant derrière ses lunettes rondes. Elle a fait de la résistance et s’est retrouvée internée dans un camp de concentration (je ne souviens plus lequel, Ravensbrück je crois.)

 Elle nous montre dans une vitrine, des vêtements. Une veste, un pantalon comme celui d’un pyjama, une espèce de calot rond,  le tout dans un tissu raide grisâtre avec des rayures  d’une couleur bleuâtre délavée, une sorte de savates en corde.

-« C’est ce que nous portions »

 Dit-elle d’une voix blafarde,

-« Seulement ça, pas d’autres vêtements, même sous la neige, il faisait très froid là-bas »

Puis brusquement, d’une voix presque enjouée :

-« Ah c’est cela qui nous a aidé à survivre » 

Elle nous montre un minuscule calepin auquel est attaché  un petit crayon.

-« Entre Françaises, nous nous donnions des recettes de cuisine que je recopiais dans ce carnet. Nous avions très faim et rien qu’en pensant à ces bonnes choses le moral revenait. C’est tout ce que  j’ai ramené de là-bas »

Elle saisit le petit calepin délicatement, comme on prend un bijou précieux, tourne lentement les pages, lit à voix basse quelques lignes : il est question de poularde, de crème, de cuisson à la broche…

Elle s’interrompt et pendant un long moment semble partie ailleurs.

Puis d’une voix blanche, hachée :

-« Nous, on a eu froid, on a eu faim on a été malades, mais aujourd’hui on est là…Celles des baraques d’où sortait la fumée, elles ne sont pas revenues.. »

Des larmes roulent sur ses joues. Avec mes camarades je ne sais plus où je me trouve, une impression bizarre, terrible…

 

Au retour à la maison plusieurs choses me reviennent à l’esprit.

 


-Papa quand il raconte sa vie de prisonnier de guerre en Allemagne,  précise toujours :

« J’étais au camp de Lûckenwald (en insistant sur la prononciation du l de lûckenwald) près de Berlin, et non à Buchenwald  (il insiste sur le B), car je ne serais probablement plus là pour vous en parler »

Il me semble bien avoir lu sur les panneaux de l’exposition le nom de Buchenwald accolé du terme « camp d’extermination ».

 

- Un lundi, place Métézeau, j’accompagnais Maman au marché "textile" . Elle m’achète une paire de chaussettes à un vieux monsieur en blouse grise aux cheveux longs et blancs sortant d’une casquette à carreaux. Pour voir si les chaussettes me vont, il m’entoure le poignet d’une chaussette et comme les bords se joignent il en conclut que c’est bien celles-ci que maman doit acheter.

Après avoir payé le vieux monsieur nous nous éloignons du marché pour remonter aux Rochelles. Maman me dit à voix basse.

« Tu as vu le Monsieur ? C’est un juif. Tu sais, ils en ont bavé pendant la guerre. Plus que nous, et pourtant j’ai reçu la maison sur la tête lors du  bombardement et papa était prisonnier..»

 

L'album  « La guerre chez les animaux, la bête est morte » de Cavo dont j'ai déjà parlé, comporte des dessins atroces où l’on voit des enfants arrachés à leurs maman par des loups féroces. C’était ça la déportation ? Même des enfants.. ?..

Calvo-Dancette : La bête est morte (1945). Deux dessins terribles pourtant destinés aux enfants..

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-Maman en a aussi après ceux qui ont « fricotté » avec les boches, c'est-à-dire  les collaborateurs avec l’occupant allemand.. Quand elle dénonce « c’était un collabo pendant  la guerre »  Je sais qu’à ses yeux,  c’est un pas beau.

Pendant très longtemps le terme de collaborateur aura sur moi une connotation malveillante. J’aurai toujours un réflexe de recul quand mes hiérarques  me présenteront comme étant leur "collaborateur".

 - Je vais maintenant assez souvent à Paris avec mes parents chez les cousins Lucien et Gilberte. En se promenant dans le centre de la capitale  j’aperçois  souvent des plaques commémoratives avec un bouquet de fleurs « Ici est tombé (ou habitait) le vaillant résistant tué par l’ennemi en 1944. »

Il faudra attendre très longtemps, à l’aube du prochain siècle millénaire, pour voir enfin apposée à l’entrée de certaines écoles une stèle : « Ici des enfants, parce qu’ils étaient Juifs ont été raflés et déportés par les nazis. Ils ne sont pas revenus. » Pourquoi cette différence ? Pourquoi faudra t’il attendre aussi longtemps pour honorer ces enfants innocents ?

 

Pour l’instant tout cela reste un peu confus dans mon esprit. Au moment du vingtième anniversaire de la libération des camps  c'est-à-dire dans dix ans  j’aurai probablement une autre approche de tous ces événements. J’aurais l’occasion dans ma vie future de rencontrer des survivants des camps de la mort. Quand je pense que certains affreux diront que ce n’était qu’un détail et que les chambres à gaz n’ont pas existé.


P.S. Une rue à Dreux, aux Rochelles,  porte désormais le nom de Madeleine ROUSSEL MARTIN. 

 

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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 07:00

Le jeudi c'est "feuilleton" sur le blog de Pierlouim.
Jeudi prochain aprés deux mois de repos, le feuilleton repart.
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AN PAR AN,
Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise : de 1946 à 1967. Une année en deux ou trois semaines......
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer sur la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

En attendant Jeudi prochain, pour vous permettre de lireou relire  le feuilleton depuis le début :
cliquez sur :
 
http://dreux-par-pierlouim.over-blog.com/categorie-10834511.html

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 Jeudi prochain : 1955 (première partie).
Un chapitre particuliérement sensible qui m'a été difficile d'écrire.....

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 07:00

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AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

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 1 9 5 4-(Troisième et dernière partie)

 

 

Revenons à ma petite personne :

J’ai été opéré des végétations dans le nez a l’âge de deux ans,  mais elles ont repoussé et en plus les amygdales dans la gorges ont trop grossi. Il va falloir m’enlever tout cela. Je suis donc opéré chez le Docteur PEZE.

Un monsieur qui l’aide me met un masque sur la bouche, je respire, une odeur de moutarde et oups, je m’endors.

A mon réveil je suis agité, je bredouille  en essayant d’ hurler des mots, plutôt des onomatopées « Bagamoyoo !!. Bagamoyoo !! »

Le Docteur PEZE est surpris et se moque de moi « Qu’est-ce que tu nous baragouines donc là ? »

 

Je sors peu à peu des brumes de l’anesthésie. Je rêvais ou plutôt je cauchemardais d’une histoire que
 je lis dans le journal de Maman « Femmes d’Aujourd’hui » dans un supplément détachable réservé à nous, les enfants. Cette histoire est celle de Moustache et Trottinette dans l’Ile Mystérieuse.

Une histoire de bons sauvages africains cannibales. (Voir un passage dans les illustrations pour 1954) Une de ces histoires  qu’il ne sera plus possible de raconter dans bien plus tard.

-Histoire parue dans le supplément détachable de l’hebdomadaire « Femmes d’Aujourd’hui »-1954.Moustache et Trottinette dans l’ile mystérieuse. Texte et dessins de Calvo-Histoire parue dans le supplément détachable de l’hebdomadaire « Femmes d’Aujourd’hui »-.

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 Mais le dessinateur CALVO ne peut en aucun cas être traité de raciste (tient le vilain mot est lâché), car il est tout simplement un homme des années cinquante. Il a, juste avant la fin de la  guerre dessiné un magnifique album : « La guerre chez les animaux : la bête est morte ». Un étonnant et féroce réquisitoire contre le nazisme et contre tout racisme. Un camarade a apporté ce livre en classe. Et nous l’avons tous lu avec avidité
medium_calvo_labeteestmorte01.jpg  

Je suis à la maison, dans mon lit, le nez et  la gorge me font mal. Le docteur a dit à mes parents qu’il fallait que je mange froid voire glacé pour aider à la cicatrisation des plaies. Papa, m’a apporté de chez la pâtisserie LELOUP, la meilleure de la ville, de la glace au café. C’est la première fois que je mange de la glace. Comme nous n’avons pas encore de réfrigérateur à la maison, la glace fond très vite. Papa, autant pour satisfaire ma gourmandise que pour cicatriser mes plaies, retournera plusieurs fois à la ville pour me rapporter cette gourmandise médicament froide. Je garderai longtemps la passion de la glace au parfum café.

Je reçois aussi de maman plusieurs livres, dont un album des aventures de Tintin. « Le temple du soleil » que vais pouvoir dévorer, une cuiller de glace à la main. Attention aux taches. 

 

Je vais aussi de temps en temps au cinéma EDEN avec mes parents. Dernièrement je suis allé voir « Vingt mille lieues sous les mers».Une des premières images du film m’obsède et me fait cauchemarder. Les yeux jaunes du monstre brillants dans la nuit, qui, au ras de l’eau dans un bouillonnement d’écume fonce vers sa proie. En fait les phares du sous marin Nautilus qui, lancé à pleine allure va éperonner un navire marchand pour le pirater.

Cette image va me poursuivre longtemps dans mes terreurs enfantines…..

Bande annonce du film avec les images qui m'ont terrifié pendant mon enfance : 

 

Cette année 1954 a été pour moi une année importante. La première année qui me laisse des souvenirs, comment dire, détaillés ou plutôt réfléchis. Des souvenirs non pas purement anecdotiques mais reliés à tout ce qui se passe autour de moi. A l’environnement social pourrait-on dire. Je commence à avoir conscience qu’il y a mon quotidien, ma petite vie douillette, mais aussi autour de moi d’autres gens qui vivent différemment et souvent plus mal que moi et aussi que l’histoire est en marche.

 

Laissons passer quelques semaines.. 
Et au début du mois de septembre le feuilleton reprendra à l'année 1955. 

Pour vous permettre de lireou relire  le feuilleton depuis le début :
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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 07:00

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AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

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 1 9 5 4-(deuxième partie)

 

 

La France a un Président du conseil (on dira plus tard premier ministre) génial. Il s’appelle Mendès France. Il aime le lait.

Il considère que nous, les enfants nés pendant ou tout de suite après la guerre, manquons de calcium. Il fait distribuer dans toutes les écoles maternelles et  primaires du lait.  On nous le donne au réfectoire  à la récréation du matin, dans un bol avec quelques gâteaux vitaminés.

Il est tiède et il  a un drôle de goût ce lait, il n’est pas aussi bon que celui que j’achète chez la mère Verneau. C’est rigolo d’ailleurs de voir son fils boire aussi de ce lait alors qu’il y en a dans l’épicerie des bidons pleins… Mais cette distribution gratuite et généreuse ne va pas durer longtemps, quelques mois à peine. 

 

C’est ma première photo de classe :


Nous sommes trente cinq garçons dans la classe (ce2) de Monsieur SAVIN.

Nous n’avons pas l’impression d’être trop nombreux dans cette classe. Monsieur Savin sait se faire respecter. Il est jeune et sportif. Il sait être sévère sans trop, mais punit parfois de quelques  coups de règles assénés sur les doigts. Mais nous admirons et respectons notre maître. Nos parents nous ont bien éduqués. Nous portons tous des tabliers et des culottes courtes… Il n’y a pas de « minorité visible » comme on dira dans bien plus tard. Je ne connaîtrai mes premiers camarades noirs (Martiniquais) et Maghrébins qu’en classe de seconde au lycée. Je devine les grands changements qui vont intervenir dans l’avenir. Ce je que  je vis actuellement pourra être tenu comme  inconcevable et choquant pour un jeune lecteur du début du vingt et unième siècle. Mais c’est la réalité et je la vis actuellement comme cela …

Il y a bien des camarades dont les pères sont désignés par certains adultes comme  « espingouins » ou  » ritals» Mais nous dans la classe et dans la cour de récréations nous ne faisons aucune différence. d’ailleurs tous ces élèves ont une maman française et leur langue maternelle est bien le Français.   

Il y a deux ans environ, une des demoiselles de l’école maternelle avait choqué Maman. Elle lui avait déclaré :

« Vous savez Madame, je sais les reconnaître à leur physique, blonds aux yeux bleus mais aussi à leur façon de vous regarder, ils ne sont pas comme les autres. » 

Cette institutrice parlait des « enfants de Boches ». De ces enfants conçus pendant la guerre par des soldats allemands et de jeune françaises tondues à la libération.

Ces propos étaient surprenants voir inqualifiables  pour une femme s’occupant de jeunes enfants et seront certainement répréhensibles dans l’avenir.

Personnellement parmi mes camarades, malgré les rumeurs des adultes, je ne connais pas de fils de boche.  

Dans la belle maison à côté du café coiffeur habite une vieille dame. Sa fille, aurait « fricotté », comme dit Maman, avec un jeune officier d’origine autrichienne qui travaillait à la « Kommandantur » de Dreux. De cette union est née une petite fille. A la libération, bien sûr, comme d’autres, cette jeune femme a été tondue et humiliée en public…Mais contrairement à beaucoup de femmes dans ce cas elle a pu aller rejoindre son ami qu’elle a pu épouser en Autriche et élever sa fille. (Cette petite fille deviendra par la suite une musicienne reconnue à Vienne comme chef de chœur).

 

Monsieur SAVIN pendant les cours d’histoire géographie nous parle de l’Empire français : de l’A.O.F, Afrique occidentale française, de l’A.E.F Afrique équatoriale Française.
 Il y a sur le mur de la classe de belles cartes en couleurs avec pleins de petits dessins qui racontent tout cela…Il nous est montré l’œuvre « civilisatrice de la France », de belles photos, l’hôpital de Lambaréné du brave docteur Schweitzer, l’abolition de l’esclavage grâce à la République. 
Pour nous, les petits noirs vont à l’école comme nous, sont soignés comme nous,  tout cela grâce à la France.

Un jour, mes camarades et moi nous nous apercevrons que ces belles images sont tissus de mensonges et qu’on en paiera les conséquences. Mr SAVIN, nous parle de cet empire colonial sans arrière pensées, tout cela semble si naturel en ces années cinquante si particulières.

 

 Mais les choses et les mentalités commencent à changer petit à petit. L’Empire Français est sérieusement ébranlé
La France, après Diên-Biên-Phû perd la guerre d’Indochine. L’Algérie commence à se soulever….
 

Tous ces pays sont loin…
Pour nous à Dreux  les cicatrices de la guerre sont  encore présentes, tout n’est pas reconstruit, la vie est difficile, les logements manquent. L’hiver est très froid, Un certain abbé Pierre lance un appel à la radio après avoir gagné au jeu radiophonique « quitte ou double ». Il prône la solidarité avec les sans abris. Alors ce qui se passe dans les pays chauds, là où on n’ira jamais.

Au fait, si vous vous reconnaissez dans cette photo de classe, n'hésitez pas à me le dire en commentaire.
(le futur Pierlouim, dernier rang, deuxième, à lunettes, à la gauche du maître d'école).
.


 A SUIVRE : Jeudi prochain : 1954 (troisième partie).
Si vous voulez lire ou relire les chapitres précédents, 
:
A droite de ce texte, dans la rubrique : Catégories. Cliquer sur "le feuilleton".
   

 

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 07:00

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AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année.
La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :
de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

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 1 9 5 4-(premiére partie)

 

8 ans . Troisième année à la grande école.
Cette fois ci j’ai un maître d’école  et non une maîtresse.

Un jour de mai,  le facteur qui vient pour mettre les lettres dans notre boite aux lettres, a tiré la sonnette. Louloute a aboyé à tue tête. Maman par chance était à la maison. Elle a fait entrer le facteur, un vieux monsieur à moustaches blanches, casquette à visière sur la tête et pèlerine bleue sur les épaules. Il venait, je ne sais pourquoi : pour un mandat, un recommandé peut être… Maman connaît bien le facteur, il habite aussi le quartier. Autour d’une tasse de café, car il faisait froid ce jour là, ils se sont mis à bavarder. Comme le facteur a plusieurs enfants, Maman s’enquiert de la santé de ceux-ci…Il lui répond que son aîné Jean vient de terminer son service militaire après avoir fait l’Ecole Normale. Il va maintenant débuter sa carrière d’instituteur à vingt trois ans à peine à l’école Ferdinand Buisson. « Mais c’est celle de Pierrot ! »  s’exclame Maman ….

C’est comme cela que j’ai appris qu’à la rentrée j’allais avoir un jeune maître d’école

 

C’est vrai, Mr SAVIN notre nouvel instituteur est jeune, jeune marié et jeune papa d’une petite fille de quelques mois. Il habite l’école blanche dans un appartement de fonction. C’est un sportif, il est moniteur de gymnastique à l’Espérance drouaise. D’ailleurs il surveille scrupuleusement la position assise de chaque élève devant son pupitre d’écolier. Il redresse ceux qui se penchent trop sur leur cahier, il décale un coude, relève un menton. Il fait de l’ergonomie avant la lettre.

Comme beaucoup d’élèves j’ai des problèmes de scoliose. Mr SAVIN passe souvent derrière moi pour me redresser en me mettant une main sous le menton et l’autre sur les reins et en tirant fort. Aïe !!  Il me conseille sur l’avis du docteur PIOROT le médecin scolaire de venir à l’Espérance drouaise avec lui pour faire de la gymnastique, ce qui serait bon pour mon dos.

 

Mes parents me pose un dilemme : 

-« Veux-tu aller au catéchisme, car c’est l’âge, ou veux tu faire de la gym ? Mais tu ne pourra pas faire les deux, choisis. »

Je ne comprends pas très bien leur question,  vu qu’ils sont l’un et l’autre un peu (même beaucoup) fâchés avec la religion.  Bien sûr je choisis la gym.

 


                     l'ESPERANCE DROUAISE :

J’irai donc deux fois, par semaine, rue Batardon  ans dans un garage désaffecté transformé sommairement en gymnase qui sert de salle d’entraînement à l’Espérance Drouaise garçons (Plus tard il servira de salle des ventes annexe). Une grande verrière qui diffuse la lumière du jour. Directement dessous, un espace parqueté d’environ dix mètres sur dix et tout autour des espaces un peu sombres  au sol sablonneux dans les lesquels sont installés des agrès de gymnastique. Cordes, anneaux barres parallèles, cheval d’arçon etc. Et au fond, devant des grandes baies grillagées, une fosse de 3/4 mètres de côté environ remplie de sciure. Elle permet de terminer des roulades en douceur ou de recevoir une chute des anneaux fixés juste au dessus. .Moi pour l’instant je me contente de faire de la gymnastique de maintien, de respiration et de mouvement d’ensemble avec mes camarades et de regarder les grands s’entraîner aux agrès.

 

 Derrière cette salle improvisée coule la Blaise, large et peu profonde à cet endroit. Les grands quelques fois s’amusent à voguer sur l’eau avec de drôles d’engins. Pendant la guerre, les avions américains au retour de leurs missions destructrices de bombardements  en France ou en Allemagne se débarrassaient de leurs réservoirs d’essence vides au dessus de la forêt de Dreux.  Récupérés, ces tubes en aluminium léger d’un mètre de circonférence et deux trois mètres de long sont  coupés en deux dans le sens de la longueur. Cela donne deux sortes de kayaks qui peuvent flotter sur l’eau. Les grands y grimpent à deux ou trois et avec des pagayes de fortune essaient de descendre le courant.

Cela se termine souvent par une baignade un peu forcée. Nous les petits, spectateurs, cela nous fait bien rigoler….

A l’Espérance Drouaise, outre Monsieur SAVIN qui nous entraîne, plusieurs  d’adultes encadrent une bonne cinquantaine de  gymnastes (des plus petits dont je fais partie 7/8 ans aux plus anciens, certains dépassant la trentaine d’années.). Monsieur Jean BRONNER en est le président et l’animateur principal.

 

Parmi  ces adultes un personnage haut en couleurs que nous, les petits, adorons.

Jean LAMOTTE dit « Jeannot ». Il a peut être 30 ans.  A dix sept ans, apprenti plombier, il a eu un malencontreux accident. Un tournevis dans le genou. Cela c’est infecté, la gangrène est apparue  et on lui a coupé la jambe gauche  à Jeannot. Il est unijambiste, mais il porte une prothèse en bois et en acier. Même si cela lui donne une démarche raide et déhanchée il est resté rudement agile. Cet accident l’a empêché de devenir un  gymnaste émérite. Comme il garde de bons camarades, qu’il apprécie l’ambiance de l’Espérance Drouaise et qu’il peut rendre des services et aussi s’entraîner à sa mesure il est souvent présent à la « gym ». C’est un peu sa famille..

Il arrive à la salle de gym juché sur une grosse moto, la jambe raide  dépassant largement du cadre. Il pétarade gaiement,   il fait faire à chacun de nous des tours du quartier grimpés derrière lui. Il est joyeux. Une tête ronde d’enfant, des lunettes de myope, des cheveux frisés, un petit bedon, un joyeux luron ce Jeannot…Son plaisir est d’enfoncer un clou à travers son pantalon dans sa jambe gauche (bien sûr pas la droite) devant des personnes ignorant son handicap. Il se nomme lui-même « Piedalu ». Comme le héros d’un feuilleton à la radio.

Pas vraiment moniteur, un peu animateur, beaucoup amuseur et bonimenteur, il aide comme il peut. Il nous fait faire un certain nombre d’exercices de gymnastique à nous les petits. Il peut cependant  faire un certain nombre de trucs malgré sa jambe, aux anneaux, à la corde, aux barres parallèles. Des fois quand cela l’énerve, il enlève carrément sa prothèse tenue par une sorte de corset à bretelles.

D’ailleurs dans son métier de plombier il ne se débrouille pas mal. Il ne peut pas se mettre à genou pour travailler sous un lavabo. Alors il s’assoit carrément, la jambe toute droite étalée sur le sol.

 

Dans le petit local qui sert à tout : vestiaire, lavabos, douches, des  séances de cinéma sont improvisées de temps en temps. Le mur blanc des douches  sert d’écran. Un vieil appareil crachotant une lumière vacillante nous permet d’admirer les anciens de l’espérance, lors de concours de gymnastique ou lors de randonnées camping. Jeannot fait des commentaires rigolos, mais nous ce qui nous intéressent ce sont les petits films de Charlots qui terminent toujours les séances de cinéma. Jeannot toujours en verve chante plein de chansons dont « Perrine était servante »  qui est ma préférée, mais je crois qu’il en a un peu changé les paroles…


La suite, bien sûr, Jeudi prochain. : 1954 (seconde partie)
Si vous voulez lire ou relire les chapitres précédents, 
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A droite de ce texte, dans la rubrique "Catégories". Cliquer sur "le feuilleton".
   

L'ESPERANCE DROUAISE actuelle posséde un trés intéressant site web.
Vous y lirez entre autre un historique trés complet . 
http://www.esperancedrouaisegym.fr/

 

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 07:00

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AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année.
La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :
de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

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 1 9 5 3-(fin)

 

 

Notre quartier des Rochelles est très commerçant : On trouve a tout à moins de deux cent mètres de notre maison. (Attention les puristes vous dirons qu'il ne faut confondre le quartier des Rochelles avec le quartier "Sarrail").

En face de notre maison : Un café coiffeur. C’est marqué sur la vitrine :  Bill Café Coiffeur. La boutique est coupée en deux : Quand le gros  Bill (il est épais et moustachu Bill) ne verse pas à boire sur le zinc du bar, il coupe les cheveux dans la partie coiffure. Comme il n’y a pas de séparations entre les deux activités, des conversations passionnées s’entament souvent entre les buveurs accoudés au bar avec celui qui se fait couper les cheveux et Bill. Les ciseaux à la main Bill réponds en parlant au grand miroir qui reflète à la fois le visage du coiffé et ceux des buveurs.…

Quand je passe devant la boutique, il m’arrive de chanter une chanson que J’aime bien.. Une chanson de Francis Blanche chantée par lily Fayol :

 

Et voilà l'gros Bill
Qui passe au p'tit trot, Tout le long de l'île au long de l'eau...
Il va vers la ville
Sans se presser trop  Tout le long de l'île au long de l'eau...
J'te verrais bientôt
Grâce à mon cheval docile
Qui s'en va d'un pas tranquille Tout le long de l'île au long de l'eau... "

Comme je rigole autant que je chante, Bill me fait les gros yeux. S’il coiffe il me montre son rasoir, s’il donne à boire il fait des moulinets avec son torchon… Il m’aime bien Bill et il me coupe les cheveux mais il voudrait bien que Papa vienne plus souvent dans son bistrot……

 

Dans le quartier il y a un boucher, un boulanger marchand de journaux, une salle de bal qui deviendra plus tard un cinéma , un marchand de vin et deux épiceries dont celle de madame Verneau . Je l’aime bien, elle me donne des bonbons. Son fils est un des mes copains de classe. Nous faisons souvent le chemin de l’école ensemble, mais lui n’a pas de vélo…

Bref une vie de quartier sympathique, mais tous les commerces auront disparus au début du siècle prochain…(sauf le marchand de vin transformé en Bar tabac)..

 

 

La ville de Dreux est divisée en trois parties :

 

-Le centre, ancien, blotti le long de la rivière Blaise autour du beffroi et de l’église. C’est là que ce trouve la plupart des commerces, l’hôpital, les médecins, notaires, bref la bourgeoisie Drouaise. 

-Au nord au-dessus de la ville, derrière la butte de l’ancien château le plateau nord, Ste Eve et les Fenots  avec la caserne, le quartiers des militaires américains,  le cimetière et plusieurs petites usines dont celle des poêles Potez..  

-Au sud, après la ligne de chemin de fer, le plateau sud, les Rochelles et Rieuville, peu d’industries, seulement quelques ateliers de menuiserie ou de tôlerie, mais beaucoup de maisons de petits fonctionnaires (Cheminots, employés des P.T.T, et des régies municipales du gaz et de l’électricité). Un coté presque agricole, avec beaucoup de jardins ouvriers amoureusement entretenus et deux fermes, dont une juste derrière ma maison….

 Les deux plateaux nord et sud sont des banlieues ouvrières aménagées pendant le front populaire par le Maire radical socialiste Maurice Viollette.

Moi j’habite aux Rochelles au plateau sud dans une petite maison accolée. Mais Il y a aussi des HLM ; Attention il ne s’agit pas de barres, de cités, notions  complètement inconnues en 1953. Il s’agit de petits pavillons pour deux familles avec un petit jardin.

 

Mais la vraie division entre les Drouais se fait entre « laïcs » et  « religieux ». Ce que les Drouais selon leur appartenance nomment les « curés, les culs bénis  » ou « ceux de la sociale ou les  viollettistes. (Electeurs du maire Viollette) ».

Les lecteurs de l’action Républicaine ne peuvent être que du côté du maire puisque ce dernier en est le principal actionnaire et chroniqueur….Papa y est abonné depuis fort longtemps et le reçoit chaque mardi et vendredi…D’ailleurs j’ignore le nom du journal local concurrent.   

 Le centre est essentiellement religieux avec le pensionnat St pierre (l’école des frères comme dit papa) tenu par la congrégation des frères maristes. Les plateaux avec leurs groupes scolaires leurs « HLM » version 1936 et leurs usines sont essentiellement laïques.  

 Il y a à Dreux deux associations sportives ; L’Alliance Drouaise (curé) et l’Espérance Drouaise (laïque) qui  se font une guerre acharnée sur les stades et dans les salles de sport…L’Alliance a aussi une clique. L’Espérance n’en a plus depuis longtemps mais la fanfare de la lyre druidique l’accompagne lors des nombreux défilés dans Dreux  avant les compétitions ou les festivités comme le 14 Juillet.

 

Le Jeudi il n’y a pas école :

 Le matin, je reste à la maison avec ma chienne, mes livres, mes crayons de couleur, car je commence déjà à gribouiller, mais surtout avec le poste de radio. La radio restera un des piliers majeurs de ma culture.

J’écoute, sur Radio Luxembourg des émissions sur l’histoire de France sponsorisées par le chocolat Meunier. J’écoute aussi la voix étrange de Marianne Oswald raconter des histoires imaginaires de Remo Forlani. J’aurai l’occasion dans bien longtemps de connaître cette dame.

-L’après-midi je vais au patronage à l’école. S’il fait beau nous allons avec un instituteur gambader dans la campagne proche. S’il fait mauvais temps nous allons au cercle laïque pour voir des vieux films de charlot ou de Laurel et Hardy. Je participerai à de nombreuses activités et fêtes du Cercle jusqu’à la fin de mes études primaires.


-Défilé pour la fête du Cercle Laïque 1953.

(le petit à lunettes aux chaussures blanches et imperméable sous le bras gauche, c’est moi). Les anciens Drouais reconnaîtront l’entrée de l’ancienne fabrique de casseroles en aluminium « Les trois Ours » Cette usine sera détruite par un violent incendie quelque mois après la prise de cette photo. Cinquante quatre ans après, cette usine est toujours en ruine sur les bords de la Blaise. Des logements devraient être enfin  construits à cet emplacement incessamment sous peu.
  

 

En cette année 1953, un certain nombre d’événements :

-Le couronnement de la reine Elisabeth II. d’Angleterre.  C’est la première émission de télévision en Eurovision. Peu de Drouais ont la télévision chez eux.. C’est devant un poste en vitrine d’un des rares revendeurs à Dreux Bl Louis TERRIER, que j’ai pu voir quelques images en direct. Il y avait un tel attroupement que j’ai failli étouffer ….

-Un nouveau Président de la République : René Coty.qui remplace Vincent Auriol après beaucoup d’hésitations des deux chambres. La quatrième république dans toute sa zizanie des partis…

-Mort d’un des plus grands dictateurs du vingtième siècle  Staline…Mais il reste encore Mao, Franco, Salazar, et d’autres, et ceux à venir.  

 

 A SUIVRE : Jeudi prochain : 1954.
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  • Né à Dreux, j'y ai vécu toute mon enfance.
Aprés quarante années d'exil à Lutéce, je reviens dans ma bonne ville. J'en observe la vie quotidienne et culturelle et me souviens de son histoire.
Pour me joindre:

 pierlouim@cegetel.net
  • Né à Dreux, j'y ai vécu toute mon enfance. Aprés quarante années d'exil à Lutéce, je reviens dans ma bonne ville. J'en observe la vie quotidienne et culturelle et me souviens de son histoire. Pour me joindre: pierlouim@cegetel.net

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