Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 00:00

 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

                                              
AN PAR AN,
               Chronique d'une jeunesse drouaise
.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année.
La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :
de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

----------------------------------------------------------------------------

1 9 4 7

Une année sans mémoire. Tout ce que je vis actuellement et pendant les trois premières années de mon existence me sera raconté par mon papa et ma maman plus tard.
Mais pour l’instant je grossis, je grandis, mes premières dents poussent, Aie.
Ma grand-mère me garde à la maison.
Maman travaille, ce qui est encore rare en cet après guerre car la plupart des femmes mariées restent à la maison. Elle tape à la machine et fait les comptes d’une grande quincaillerie rue Porte Chartraine à Dreux.. Toutes les trois heures elle remonte de la ville avec son vélo, environ un kilomètre, pour me donner la tétée. Il parait que je suis un grand glouton….
Papa depuis son retour retravaille dans l’atelier de menuiserie Beaufour  qu’il avait quitté en 39.
Mais il n’a qu’une obsession : faire reconstruire sa maison…Il se démène dans les différentes formalités exigées par le ministère de la reconstruction. Car nous somme en pleine après guerre, les plaies sont encore grandes ouvertes. La ville de Dreux porte encore de nombreuses traces visibles des bombardements qu’elle a subi pendant la guerre.
En 1940, les 9 et 10 juin à Dreux, la gare et l’Hôtel Terminus ont été bombardés par l’aviation allemande. Plus de 100 morts (en particulier des réfugiés des départements du Nord et de la Belgique). Quelques vitraux de l’église ont explosé par le souffle et ne seront pas remplacés de sitôt.
Maman, sa Maman et la maman de mon papa sont parties comme on disait alors en «exode » Après deux semaines de marche éprouvante et près de deux cent kilomètres à pieds vers Nogent le Rotrou, elles sont revenues à Dreux, épuisées. Tellement épuisées que ma grand-mère paternelle en est morte.
En 1944, plusieurs bombardements de l’aviation américaine ont lieu lors du débarquement en Normandie. Dreux se trouve sur la route vers Paris et sur une ligne importante de chemin de fer.
Des dizaines de maisons vont être sinistrées ce 11 Juin au petit matin dont cinq dans notre quartier. Mr et Mme Lahia sont tués dans la maison d’en face. La pèlerine bleu nuit de facteur de Mr Lahia va voleter plusieurs jours sur les ruines comme une sinistre chauve souris.
Ma maman et sa maman sont coincées dans la cave sous les ruines de la maison. Leurs cris sont inaudibles de l’extérieur. Elles entendent cependant des personnes s’activer dans les décombres. Certaines commencent déjà à chaparder. Un certain nombre d’objets vont ainsi disparaître… Deux soldats allemands, en réalité des Tchèques enrôlés de force dans la Wehrmacht, qui fréquentaient le bistrot de l’autre côté de la rue, hurlent en mauvais français «Il y a deux dames sous la maison». Ensevelies depuis une heure du matin elles ne sont délivrées qu’à midi.
N'ayant plus de maison, ma maman et sa maman vont se réfugier chez la tante Marie.,  En fait, ma grande tante, sœur de mon grand père mort à Verdun. Avec ses quatre fils cultivateurs, elle habite un petit village, Abondant, à quelques kilomètres de Dreux. Le peu d’affaires, meubles et souvenirs qu’elles ont pu récupérer des décombres a été rassemblé et emmené dans une charrette tirée par un des chevaux de la ferme.
L’oncle Louis est mort deux ans auparavant. La tante dirige la petite ferme assistée de ses quatre fils âgés de 19 à 25 ans, ainsi que de son beau-frère et de sa belle-soeur que je connaîtrai sous le nom de Louise et grand Joseph. En fait c’est l’aîné des fils, appelé le « petit » Joseph, pour ne pas le confondre avec son oncle, qui a pris la place de son père à la ferme.
L’oncle Louis était paraît-il un personnage étrange. C’était un catholique profond et mystique. Il s’est marié tard, ayant hésité longtemps entre la tonsure et l’agriculture. La tante Marie elle aussi, était âgée pour l’épouser, ayant déjà coiffé Ste Catherine. A l’époque un âge avancé pour se marier. Jeunes épousés, ils ont accueilli pendant 2 ans en 1917-18 mon papa, orphelin de père tué à Verdun. Les quatre fils sont nés un peu plus tard, entre 1920 et 1925.
Passant une grande partie de son temps à l’église, Louis n’a jamais voulu que ses fils se fourvoient sur les bancs de l’école laïque. Il leur a fait l’école à la maison, leur apprenant à lire, à écrire, a compter et tout ce que compte le programme du certificat d’étude. Il n’était et pour cause pas souvent dans ses champs et délaissait sa ferme qui n’était pas très florissante.
Louis, vivait un peu comme le patriarche d’un communauté repliée sur elle-même, entouré de sa sœur Louise, de son frère Joseph, de sa femme Marie et de ses quatre fils.
Le petit Joseph a repris le flambeau, aussi religieux que son père. Contrairement à beaucoup de paysans à cette époque, la famille fit très peu de marché noir. Son credo est plutôt de donner aux nécessiteux. Maman le dimanche, parcourt à bicyclette les 7 kilomètres qui séparent Dreux d’Abondant. Elle assiste avec eux à la messe, fait après le repas une promenade en forêt puis s’en retourne auprès de sa maman avec quelques victuailles dans les sacoches de son vélo.
La ville de Dreux n’ayant proposé pour les reloger qu’une grange avec de la paille, maman et ma grand-mère sont heureuses de pouvoir se réfugier à Abondant.
Cependant elles ne sont pas rassurées :
La guerre n’est pas finie dans notre région et la tante Marie, assistée de ses fils fait à sa façon de la résistance : La Wehrmacht commence à reculer en Normandie, ce qui permet à certains soldats de prendre le risque de déserter. Deux hommes sont cachés dans la grange à foin, deux « Malgré-nous », Alsaciens incorporés de force dans l’armée allemande. En outre, François, 22 ans, second fils de la tante Marie, se cache lui aussi, il est «réfractaire», il refuse le S.T.O. travail obligatoire en Allemagne. En plus, il rend de menus services à la résistance en cachant des armes en Forêt.
Ma grand-mère s’inquiète « Nous avons survécu à l’exode et au bombardement, et nous courrons le risque d’être arrêtées pour résistance alors que la guerre se termine. "
Heureusement tout se passe bien et le 16 Août l’armée américaine libère Dreux et sa région. Maman et ma grand-mère vont rester quelques mois encore à Abondant avant de revenir à Dreux dans le tout petit appartement dans lequel je suis né l’an dernier.

La famille, papa en tête, m’affuble du surnom de « Titi ». D’après ce qu’écrit maman dans son agenda un certain nombre de dents me poussent dans la bouche, je commence à marchoter et à bredouiller quelques mots comme « papa maman painpain petit gars–gars.
Ily a encore beaucoup de restrictiona alimentaires en cette aprés-guerre.
Maman  n’avalait pratiquement que de la soupe pendant qu’elle me fabriquait. C’est pourquoi je manque de calcium et mes os sont un peu fragiles. Beaucoup d’enfants nés pendant la guerre ont de graves problèmes de malformation, de rachitisme.
J’ai donc droit à une carte individuelle d’alimentation avec pleins de petits coupons bariolés à l’intérieur. Mes parents reçoivent pour moi des cartes supplémentaires de charbon et d’autres matières…Il y a même, à mon nom, une carte d’alcool. Hic…..

Le 6 Avril : C’est le jour de mon baptême.
Je n’apparais pas sur la photo de groupe. Je suis resté au chaud car il gèle à pierre fendre en ce début de printemps à Abondant. Ma marraine est ma tante Cécelle, la sœur de Maman. Comme parrain, maman a choisi parmi les quatre frères, non pas l’aîné le petit Joseph mais le troisième, le doux Michel (23 ans)…La tante Marie n’assiste pas à mon baptême, elle est décédée l’hiver dernier….

Dans la petite église au moment où le brave vieux curé m’asperge d’eau, je me mets à hurler tellement rageusement que ma maman doit m’éloigner dans la sacristie pour essayer de me calmer.
Je me méfie déjà des hommes et du  bon dieu, et pourtant il m’a permit de naître dans de bonnes conditions et quand je tète le bon lait de ma maman c’est le petit jésus en culotte de velours qui descend dans mon gosier.
Le Bon Dieu, le mauvais diable, la folie de certains de mes contemporains, je verrais tout cela plus tard… laissez moi faire mon rot et dormir.

A SUIVRE...
La semaine prochaine : 1 9 4 8 .

Repost 0
2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 12:00

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

                                              
AN PAR AN,
               Chronique d'une jeunesse drouaise
.

J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année.
La chronique d'une vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :
de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..

----------------------------------------------------------------------------

 1 9 4 6  

 

DREUX. 22 Juillet.
Il est 18 heures trente ce lundi soir.  Je nais.

 

Deux ou trois milles bébés français en ont fait autant aujourd’hui. Parmi eux beaucoup de futurs inconnus célèbres, dont une petite Mireille (Mathieu) et un petit Paul Lou (Sulitzer).

 

Je braille tellement que j’en effraie ce brave docteur Gauthier qui accouche maman….

 

Dans quelques décennies, de doctes sociologues me nommeront moi et mes congénères : « les enfants du Baby Boum »

Mais pour l’instant, les adultes qui s’activent autour de moi  me qualifieraient plutôt comme le fruit d’un « retour de prisonnier. ».

En effet, mon papa et ma maman se sont mariés il y a bien longtemps, en 1930. Ils ont voulu faire d’abord le nid avant l’oisillon. Mon papa, le menuisier a construit avec le papa de maman, le maçon, une belle maison en 1936 pour que je puisse arriver.

 

Mais il y a eu la guerre. Papa est parti en septembre 1939. Il n’est revenu qu’en mai 1945, après avoir séjourné cinq ans dans un stalag berlinois, comme prisonnier de guerre. Une des  nièces de maman, Colette 5 ans,  a dit pendant cette longue absence : « Tata, tu pourrais commander un petit cousin, il sera grand quand tonton va revenir !»

 

Maman n’a pas tenu compte de ce sage conseil….

Quand papa est revenu, pas de bébé. Ce qui n’était pas le cas pour certains de ses camarades qui ont retrouvé leur femme entourée d' un ou plusieurs jeunes enfants ayant parfois un fort accent d’outre-Rhin…

 

Il  y avait  urgence pour faire un bébé. Papa et Maman ne sont plus tout jeunes. Comme Papa est revenu très maigre de captivité et craignant qu’il soit malade, maman lui a fait passer un examen médical, radio pulmonaire, et tout, avant de me fabriquer. Il faut dire aussi que je nais 4 jours après le quarantième anniversaire de maman. Je suis son premier et  probablement son dernier bébé. D’après le docteur Gauthier, elle m’a fabriqué en n’oubliant rien. Je suis en parfait état de marche (et de voix).

 

Je suis venu un peu en avance sur la date prévue. Maman travaillait encore hier, et ce matin elle a été sur le marché…Car aujourd’hui, c’est jour de marché comme tous les lundi à Dreux. 
 

Il n’y a pas de téléphone, pas de voiture. C’est un petit voisin de 14 ans qui a couru, à pieds, avertir le Docteur et ramener mon papa de l’atelier où il travaille.

Peu de naissances se font à la maternité. Je nais à la maison dans le lit familial. Maman a un peu souffert même si cela a été très vite, tant j’étais impatient de sortir et de tenter l’aventure de la vie.

Ma grand-mère, toujours traumatisée d’avoir eu beaucoup de frères et sœurs aurait dit à ma maman : « Pense à ta grand-mère, elle a accouché vingt et une fois, pense au mal qu’elle a du avoir ». Rassurant, n’est-ce pas pour ma Maman… ?..

 

Il faut dire que mon arrière grand-mère a eu 21 enfants (dont 17 ont vécu). Si le prix Cognac-Jay qui récompense depuis 1920 les familles nombreuses avait existé à son époque (entre 1875 et 1895), elle l’aurait certainement obtenu.

Mon grand père, agriculteur allait tous les lundi matin à Dreux, distant de 5 Km de son petit village de Ouerre.

Il s’y rendait avec son petit cheval blanc pour vendre les produits de la ferme sur le marché. A midi il déjeunait à l’auberge du grand cerf et buvait beaucoup de cidre et de vin. Le petit cheval ramenait son maître dans un état incertain. Et au retour, il faisait les bébés. Tout cela aux dires de ma grand-mère qui reprochera toute sa vie à son papa d’avoir fait autant de bébés à sa maman…..

 

Mon papa est très content de mon arrivée, mais pour une autre raison il est très embêté : A la place de sa belle maison, il n’y a plus qu’un grand trou….

Peu après le débarquement de  1944, le 11 juin,  un aviateur américain bigleux  visant l’usine qui travaillait pour les Boches a fait tomber ses bombes un kilomètre plus loin, c'est-à-dire sur le beau nid qui m’était destiné. Maman et sa maman s’étaient blotties à la cave et sont restées emmurées toute une matinée, avant d’être secourues saines et sauves. Heureusement car je ne serais pas là aujourd’hui.

 

C’est pourquoi je ne nais pas dans la maison familiale mais dans un tout petit deux pièces, dans la même rue à quelques centaines de mètres. Il y a là mon Papa, ma Maman et sa maman et moi maintenant qui prend déjà beaucoup de place, ne serait-ce qu’en volume sonore.

Maman est très superstitieuse. Ne voulant pas heurter le sort avant mon arrivée, elle n’a rien préparé, ni petit lit, ni lange, rien….C’est pourquoi cette première nuit je la passe bien au chaud dans les bras de maman dans son lit. Papa, lui, dort par terre sur la descente de nuit. Il ira acheter tout le nécessaire pour mon petit confort dés demain matin.

 

Je représente la quatrième génération de la lignée à naître dans cette petite ville de Dreux. Une petite ville sans histoire, avec à peine 14 000 Drouais et le même Maire depuis 1902, le radical Maurice Viollette. C’est une ville encore très agricole, malgré quelques petites usines.

 

Je ne connaîtrai pas mes grands-pères. La guerre de 14-18 est passée par là…

-Le papa de mon papa a été déchiqueté par un obus devant le Fort de Douaumont, lors de  la première offensive allemande à Verdun, le 26 février 1916, jour de ses quarante ans.

-Le papa de ma maman a fait toute la guerre, quatre fois blessé et gazé, quatre citations, des médailles... Bref un héros, que les suites de la guerre, la crise de 29 et peut être aussi le désespoir par l’alcoolisme ont fait mourir prématurément en 1938.

 

Mon arrière grand-père a fait la guerre de 1870, mes deux grands pères ont participé à la grande guerre, dont un y a été tué, et mon Papa a connu la captivité à Berlin.

J’espère que je ne serai jamais le quatrième du nom à se battre avec les Allemands et que même, j’en serai ami…Faire la guerre et y être tué n’est pas du tout ma raison de vivre au jour de ma naissance.
Et la vie je l’aborde bras grands ouverts…….


A SUIVRE - Jeudi prochain. 1947. 
  

Repost 0

Dreux Par Pierlouim

  • : DREUX PAR PIERLOUIM
  • DREUX PAR PIERLOUIM
  • : ACTUALITE ACTIVITE ET MEMOIRE DROUAISES Par le petit bout de ma lorgnette on y voit tout, en avant comme en arrière. DREUX HIER ET MAINTENANT.
  • Contact

Profil

  • PIERLOUIM
  • Né à Dreux, j'y ai vécu toute mon enfance.
Aprés quarante années d'exil à Lutéce, je reviens dans ma bonne ville. J'en observe la vie quotidienne et culturelle et me souviens de son histoire.
Pour me joindre:

 pierlouim@cegetel.net
  • Né à Dreux, j'y ai vécu toute mon enfance. Aprés quarante années d'exil à Lutéce, je reviens dans ma bonne ville. J'en observe la vie quotidienne et culturelle et me souviens de son histoire. Pour me joindre: pierlouim@cegetel.net

Recherche

RECHERCHES D'ARCHIVES

RECHERCHES D'ARCHIVES ANTERIEURES A 2012. Overblog ne présente plus l’intégralité des archives (limitées arbitrairement à un an) alors que le blog est ouvert depuis mars 2009. Pour connaître les archives antérieures vous êtes obligés de chercher dans les différentes catégories ci-dessous

VIDEOS de PIERLOUIM - YOU TUBE

Voir les vidéos de Pierlouim sur le site YOU TUBE.
cliquer :
http://www.youtube.com/results?search_type=&search_query=pierlouim&aq=f



SITES ET AMIS DROUAIS DU WEB

Pour l’instant Over-blog nouvelle (et mauvaise) manière ne m’autorise plus à vous présenter les logos et les adresses des sites drouais sur le net. Espérons que cela puisse être possible bientôt