ANTOINE GODEAU-1. Le poète de salon.
Antoine Godeau, comme d’autres Drouais célèbres, Rotrou, les derniers des Métézeau et le premier des Philidor, a vécu au début du 17°siècle auprès de Louis XIII et Richelieu.
Antoine Godeau est né à Dreux, rue Parisis en 1605. Son père était lieutenant au tribunal des eaux et forêts du Comté de Dreux. Il passa son enfance à Dreux et étudia au collège de la rue Chènevotte. Il y rencontra probablement son cadet de 4 ans, le futur dramaturge Jean Rotrou. Dès l’âge de 15 ans, il commença à écrire des vers inspirés par les rives verdoyantes de la Blaise et des promenades solitaires dans la forêt de Dreux.
A Paris, il suit des études de Droit, devient magistrat, mais il quitte très vite cette charge, car après le décès de son père dont il est l’unique héritier, il peut, à 22 ans, vivre assez confortablement, sans travailler.
Valentin Conrart, son cousin germain maternel, de deux années son ainé, est à 24 ans
officier et secrétaire du roi Louis XIII, chargé de dresser les lettres de privilèges de librairie, d'autoriser la parution d'un livre et de conférer un monopole à l'éditeur. Conrart fréquente
les salons parisiens où règnent les «précieuses», comme ceux de l’hôtel de Rambouillet ou de Mme de Scudéry. Il y entraîne son cousin Godeau, qui, très vite se taille une solide réputation
d’homme d’esprit et de joyeux luron.
Portrait de Conrart
Si
Antoine Godeau brille d’intelligence et de verve poétique, il
est
malheureusement affublé d’un aspectphysique fort ingrat: il est chétif, laid et
surtout de petite taille, ce qui lui
vaut un certain nombre de sobriquets. Il est si petit que certains l’appellent «semivir», moitié d’homme. A l’hôtel de Rambouillet, devenu l’un des favoris de la belle Julie d’Angennes, il acquit
le surnom de «Nain de Julie» ou le «Bijou des grâces». Il prend part avec les autres poètes de salon à des œuvres collectives, témoins de cette époque, comme
la «Guirlande de Julie» ou la «Carte du Tendre». En 1629, il fait paraitre son premier ouvrage: «Discours sur les œuvres
de Monsieur de Malherbe» peu de temps après la mort du poète.
Tableau visible au musée d'Art et d'Histoire de Dreux - Hôtel de Rambouillet-Godeau fait une lecture au salon bleu. Peinture de François Hippolythe Debon (1863) . Scène peu réaliste, Godeau n'est manifestement pas de petite taille et déjà en habit d'évêque.
A partir de 1629, le cousin Conrart, personnage central du monde littéraire, réunit régulièrement chez lui, chaque
semaine, une dizaine d’hommes de lettres, dont Godeau, pour discuter de grammaire et d'esthétique. C’est ce que l'on appela le «cercle Conrart». Ces réunions devaient rester privées, nul ne
songeait à en former un corps reconnu par le pouvoir. Richelieu fut pourtant mis au courant de ce cercle littéraire et proposa à Conrart d'ériger le petit groupe en une académie officielle et
d’en devenir le protecteur. C’est ainsi que fut créée l’Académie Française en 1634. Antoine Godeau fut donc l’un des premiers «immortels» en
s’asseyant sur le fauteuil n°10. 'Séance de l'Académie Française
en 1635)
La vie d’Antoine Godeau prit à cette époque un tournant radical et décisif. Probablement déçu de ne pouvoir se marier à cause de son aspect physique, Godeau se tourna à 28 ans résolument vers la religion. Ordonné prêtre, il commença très vite une œuvre strictement religieuse par des Œuvres chrétiennes en 1633 dédiées à Richelieu. Puis, devenu évêque en 1637, Richelieu lui attribua l’évêché de Grasse. Godeau passa ainsi sans transition de la galanterie à la sainteté.
Dans quinze jours, la deuxième vie de Godeau: évêque de Grasse et de Vence.
A bientôt, si Dreux le veut bien