• Des touristes, en passant devant notre vieux Beffroi, pensent qu’il s’agit d’un monument religieux. C’est tout le contraire. Ce bâtiment essentiellement laïc, affirmait la puissance économique communale des bourgeois drouais face à l’autorité royale, représentée par le comte dans son château et celle religieuse, des chanoines de la collégiale Saint Etienne
• À la période faste de la Renaissance la ville de Dreux, grâce à ses nombreuses activités comme la vente de draps, de cuirs et de vin était devenue indépendante et riche. Pour le faire savoir, rien de tel que d’ériger une magnifique et haute maison de ville, devant la Grande Rue près de la halle aux grains et regardant en ligne droite l’arrogante forteresse comtale et l’élégante collégiale St Etienne.
• En 1512, le maire de Dreux, Pierre Gravelle, décida avec l’appui du comte Alain d’Albret de construire une majestueuse maison de ville. Pendant 25 ans, sous le règne du roi François 1er, les Drouais érigèrent leur Hôtel de Ville avec l’aide bienveillante de leurs comtes, Alain, Jean et Jeanne d’Albret. Cet Hôtel de Ville construit comme un donjon fut nommé au vingtième siècle (quand il ne fit plus office de mairie), le «Beffroi». Il remplaçait au même endroit un édifice beaucoup plus modeste. Selon certains, cet Hôtel de Ville se trouvait à la Porte Chartraine, entre la tour actuelle Hennequin et une tour disparue. En réalité la mairie s’y serait probablement réfugiée provisoirement pendant les longs travaux du nouvel Hôtel de Ville
• En 1512, Pierre Caron maître maçon commença le creusement des fondations, des travaux longs et difficiles dans un sol sableux infiltré d’eau. L’emploi de nombreuses poutres de chêne fut nécessaire pour stabiliser le monument. Cela nous évoque la construction d’un parking sous-terrain en 1990 qui entraina de nombreuses fissures à notre pauvre Beffroi devenu branlant. Nos contemporains n’avaient donc pas retenu les leçons de nos ancêtres drouais.
• En 1516 à la mort de Pierre Caron, les fondations terminées, le maître maçon Jean Desmoulins commença l’édification du futur beffroi. Il fut assisté puis relayé par le maître maçon Clément Métezeau. Le terme d’architecte n’existait pas à cette époque. Le titre «d’architecteur» apparut vers 1650 et fut attribué au premier fils de Clément Métézeau, Pierre–Jean, maître d’œuvre de la ville et de l’église St Pierre. Les petits-fils de Clément, Louis et Clément II, devinrent «architectes du roi» d’Henri IV et de Louis III.

• Clémen1er Métezeau participa à la fois à la construction du beffroi et à l’élévation du premier étage des deux tours et du portail de l’église Saint Pierre. Les pierres blanches, incrustées de silex noir, utilisées pour l’édification de ces deux monuments provenaient des carrières de Vernon. Les ardoises, pour la toiture du Beffroi, venaient de Rouen. Ces matériaux étaient transportés par les cabotières navigant sur l’Eure et la Blaise. Certaines similitudes dans la mise en place des éléments de construction du Beffroi et de l’église font penser que les mêmes maçons et tailleurs de pierre ont travaillé par intermittence sur les deux monuments
Découverts vers 1990 lors de travaux dans l’actuel restaurant Dante, des graffitis datés de 1483 et deux enveloppes de cartes à jouer de 1540, prouveraient l’existence, à cet endroit, d’une maison de compagnonnage des maçons et tailleurs de pierres œuvrant à Dreux.