AN PAR AN, Chronique d'une jeunesse drouaise.
J'ai fait le pari de raconter une vie, annèe par année. La chronique d'une
vie drouaise, ou plutôt d'une jeunesse drouaise :de 1946 à 1967. Chaque semaine, une année.....
J'y raconte mon enfance à Dreux, mais je m'attache surtout à décrire tout ce que j'ai pu observer dans la vie drouaise de l'époque...
Les personnes, les lieux, l'histoire et les petites histoires drouaises, des portraits, des atmosphéres, des anecdotes. , bref, tout ce qui fait le sel d'une vie et fournit la mémoire
en souvenirs de toutes sortes..et que peut être certains Drouais reconnaîtront..
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7-(troisième partie)
A la rentrée scolaire de septembre, je retrouve Monsieur Aubreton pour la deuxième année. Je me sens
bien avec cet instituteur. Je suis redevenu un bon élève. Il m’arrive même d’être premier.
A la rentrée scolaire de septembre, je retrouve Monsieur Aubreton pour la deuxième année. Je me sens bien
avec cet instituteur. Je suis redevenu un bon élève. Il m’arrive même d’être premier.
Monsieur
Aubreton a une façon bien à lui de nous apprendre la chronologie de l’Histoire :
Il a entouré l’intérieur de la classe d’une bande de papier de 30 cm de
largeur sur 20 m de long à un mètre cinquante du sol. La bande de papier punaisée sur le mur démarre à partir de la porte, puis passe entre les armoires et les vitres du couloirs, tourne sur le
mur du fond sous les portes manteaux, tourne à nouveau sous les fenêtres extérieures, et se termine près du tableau.. Ce long ruban de papier représente schématiquement les 2000 ans qui nous séparent de Vercingétorix à nos jours. Soit de –52 avant Jésus Christ à 1952.
Sur cette feuille, Monsieur
Aubreton a tracé au feutre de différentes couleurs les années (1cm par année), les siècles (un mètre de long) et les principaux événements de
l’Histoire de France.
Tout à fait au début, la conquête de la Gaule, cinquante centimètres après,
la naissance du Christ année zéro, puis une longue période, huit mètres jusqu’au couronnement de Charlemagne, six mètres pour arriver à la guerre de cent ans. trois mètres cinquante pour arriver
à la révolution et un mètre 50 pour arriver à 1952.
2000ans d’Histoire de France résumés sur vingt mètres de mur.
Ce qui m’étonne beaucoup c’est ce long passage de 8 mètres, presque blanc
avec peu de noms (Grandes in vasions, Clovis) puis tout s’accélère : Guerre de cent ans, Louis XI, la Renaissance, Louis XIV .
Cette révolution et ce premier Empire dont Monsieur Aubreton nous parle
tant, représentent en tout et pour tout, 25 ans, soit 25 centimètres sur 20 mètres.
Toute ma vie je vais me souvenir de ce long ruban de papier pour situer les
événements historiques. :
« Voyons voir, Jeanne d’Arc, 1430, cela se passe sur le mur du fond,
Louis XIV 1715 sous la première fenêtre de la rue (trois siècles de différence soit 3 mètres) et pour son long règne, 55ans, toute la largeur de la
fenêtre et la guerre de 1914 sous la troisième fenêtre .(164 ans de différence égale 1,64 m de différence)
Génial, non !
Pour me souvenir de la chronologie d’événements j’échafaude dans ma tête ou
par écrit des graphiques à la mode du ruban de papier de Mr Aubreton.
C’est beaucoup grâce à mon cher maître d’école que je suis devenu un
passionné d’histoire, et de généalogie
Par indiscrétion, peut-être de son
épouse ou de sa fille, nous avons connu la date d’anniversaire de Mr Aubreton. Entre élèves nous nous sommes cotisés et avons acheté un cadeau et des fleurs. Et le jour de ses quarante ans nous
avons souhaité bon anniversaire à notre instituteur. Mr Aubreton a été surpris et très ému. Nous étions contents de sa joie, mais surtout contents que cette journée de cours se transforme en
journée récréative… Monsieur Aubreton a été chercher chez lui son projecteur de 8 millimètres. Il nous a montré des films qu’il avait lui-même
tournés dans son petit village de Digny. La fête de la commune, ses petits élèves, un voyage dans le pays de sa femme, du coté de Gap. Et bien sûr, un film muet sur Napoléon, son idole,
les cents jours et Waterloo…
Cette année fut donc pour moi une année
d’enfance heureuse et insouciante….
En cette année 1957 de nombreux
événements.
-Un heureux présage : La signature du traité de Rome. C’est mon
grand-Père maternel, l’admirateur d’Aristide Briand, qui serait content, s’il vivait. Les Européens ne vont plus se faire la guerre. Enfin.
Je ne serai pas le quatrième de la lignée à faire la guerre aux Prussiens.
Mon arrière grand père fait prisonnier en 1970 après les batailles sous Metz. Mon grand père tué à Verdun. Mon père prisonnier à Berlin. Finalement mes aïeux ne se sont pas battus pour rien. Leur
sacrifice me permet de pouvoir vivre en paix en Europe.
-Mais la guerre en Algérie s’aggrave, (le gouvernement parle seulement
d’événements ». C’est la bataille d’Alger.
Papa à plusieurs reprises se voit
confier une pénible mission. Il accompagne les gendarmes pour rapporter à des parents éplorés le paquetage et les affaires personnelles de leur fils tué en Algérie. Je n’ai jamais compris
le rôle d’un employé municipal dans cette pénible démarche. En tout cas Papa en revient complètement démoralisé.
Il me dit alors :
« J espère que tu ne seras pas obligé d’aller faire la guerre
là-bas, pour un pays qui n’est pas le tien»
Il ajoute souvent :
-«Ah, si le père Viollette avait été écouté, quand il était ministre du
Front Populaire, cette guerre n’aurait peut être pas lieu ! »
Je ne comprendrai que bien
plus tard ce que Papa veut dire par là (Les Lois Blum Violette prévoyaient de donner la nationalité française aux anciens combattants Algériens de la guerre 14/18, puis peu à peu de donner cette
nationalité à tous les «Indigènes». Mais ces projets de Lois furent complètement démolis par les députés colonialistes et par le refus des «pieds noirs»)
En cette fin d’année 1957,
ça fait « Bip-Bip » dans le ciel. Les Soviétiques ont lancé dans l’espace leur premier satellite, le « spoutnik 1 ». C’est un événement mondial. Les Américains font un
peu la gueule…A la radio avec une fréquence spéciale, on entend nettement le signal « bip bip ». Et dans le ciel on peut le voir briller. (J’apprendrai plus tard que c’est la fusée mise
en orbite que l’on voit de la terre et non le spoutnik, trop petit pour l’apercevoir à l’œil nu.)
En tout cas c’est la conquête de l’espace qui est bien en route
maintenant…
Et pourquoi
pas la Lune, un jour ?
A SUIVRE : Jeudi prochain : 1958.
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